rêver l’infini

L’essentiel m’échappait. J’étais là dans ce paysage à la fois mystérieux et sauvage. Délié de toutes préoccupations.

J’étais léger.

Ce fut le bruit de la rivière qui, d’abord, me fit rouvrir les yeux. Il m’avait suffit de promener mon regard alentour, sans même avoir tourné la tête, que déjà ce territoire était devenu le mien. Je profitais du silence pour me laisser flotter dans le parfum de l’eau vive. La plénitude me fermait les paupières.

J’étais l’air, j’avais soif.

Tandis que je m’approchais, offrant mes lèvres au bord de l’eau, un nuage en profita pour promener son ombre au dessus de moi, rendant, un très court instant, l’eau plus fraîche.

Je bus, c’était bon, c’était suffisant. j’étais bien.

Je fis demi tour, les couleurs, les odeurs étaient différentes, plus sourdes, plus suaves, plus fortes, plus attirantes. Au cœur des herbes hautes une plaie sombre et profonde s’ouvrait, verticale, dans le paysage. Y pénétrer. A peine m’ y étais-je engouffré que déjà je me sentais protégé comme dans une armure.

J’étais fort.

À mesure de ma progression je quittais la lumière. En quelques enjambées, abandonné par le jour, j’avançais sûrement guidé par les fragrances de la terre humide.

Il faisait frais, Il faisait nuit.

Soudain, un souffle puis dans le même hoquet LE souffle. Tout ce passât  avec une rapidité foudroyante, comme dans un crash, où la somme de ton passé t’éclaire et s’éparpille dans l’espace en particules infimes à la vitesse de sa lumière. Les yeux à peine entrouverts j’avais vu l’intégralité du paysage fuir vers le lointain, comme avalé par un syphon. Et puis…tout avait fini par s’enfuir, emporté, l’intégralité de mes souvenirs avec. Le monde avait basculé. Les couleurs de la nature verticale s’étaient fondues puis évanouies. Le reste du monde semblait obéir à la toute puissance de l’horizon silencieux. Pétrifié, étonnamment calme face à la mer, ma respiration s’était calé sur le rythme régulier du shorebreak.

J’obéissais.

À chaque assaut d’une vague l’écume caressante et tiède semblait passer entre le sable et la plante de mes pieds. Je décollais doucement du sol. Allais-je être emporté avec le reste. Mon corps ne m’appartenait plus. Dans l’incapacité physique d’amorcer un seul mouvement. je décidais de me laisser emporter. Baissant les yeux vers le sol, je m’aperçus qu’il avait disparu. J’avais perdu pied. La terre me tournait autour. Le paysage tourbillonnait. L’air m’enivrait.

Je volais.
J’étais libre.