Mars

F1000028

Chaque début de printemps, à l’extrémité du village en lisière de forêt,

les attractions foraines naissaient comme des jonquilles

de part et d’autre du chemin qui menait à la caverne des brigands.

Des petits canards en celluloïd attendaient l’hameçon

de la canne en bambou des enfants sages,

des oiseaux en contreplaqué migraient inlassablement d’est en ouest

attendant d’être dégommés par la ventouse

du fusil à flèche d’un garçonnet appliqué.

De leur côté, d’obèses ours bleus repus de kapok

gardaient un œil sur la roue gigantesque

attendant de trouver un papa à qui la chance avait souri,

tandis qu’une farandole de chevaux cabrés,

quant à eux, affichaient les couleurs les plus folles

pour séduire quelques jeunes filles en robes du dimanche.

Chaque manège, à sa façon tournait en rond.

Tout au bout de l’allée trônait un drôle d’engin solitaire et mystérieux.

Là, une fusée à roulette, lourde comme une locomotive en gare,

attendait silencieuse, un départ imminent vers une destination lointaine.

Allait-elle traverser la forêt?

Survoler la caverne…jusqu’à la ville? Jusqu’au ciel?.

Je tendis ma pièce de un francs, cherchant la main du forain

sans jamais quitter des yeux la courbure de la rampe.

Le temps d’un bref compte à rebours je serais en route vers Mars.