Sa méhari

Saint-Tropez08#52

La Méhari c’était, comment dire…sa Méhari.

La couleur des vacances, du soleil, de la plage, des jeux sur le sable. C’est ce bel orange inimitable en parfait accord avec le papier peint de sa chambre d’étudiant. Le bruit de la liberté, de l’insouciance et de la jeunesse. Le Tchiiiiiii du slip de bain mouillé découvrant, à chaque fois étonné, la brûlure du siège en skaï au retour d’une matinée de baignade.

Ce petit peutt, peutt, peutt ! ralenti magnifique du moteur toujours vaillant annonçant, trop tôt, un départ imminent vers le marché tropézien. Elle tiendra la vedette, apparaissant légèrement vêtue,  face aux yeux ébahis des touristes bataves détournant leur regard d’une Ferrari ou autre Aston-Martin. C’est le hurlement du bi-cylindre, à fond de première, avalant la côte Sainte Anne à vingt kilomètres heure. C’est le bruit du vent qui le rafraîchit et lui déchire les oreilles, sur la route des Salins, frôlant les soixante en fond de quatrième.

Ce sont ces minuscules balais d’essuie-glace qui depuis toujours sont définitivement immobiles et collés pour la vie à la fine feuille de verre trempé.

Leur fonction : maintenir solidement le pare-brise dans son cadre rouillé.

C’est cette mystérieuse petite boule noire, chef d’orchestre d’une boîte de vitesse à l’envers à la première vitesse, pas synchro, qui fait crisser les dents de la boîte et des passagers en choeur.

Cette banquette arrière conviviale, qui soudain devient si moelleuse et confortable dès que le jour se lève. Et qui, tel un tapis volant, les rassemble lui et ses copains et les tient blotti les uns contre les autres, et les conduit jusqu’à la porte de leur chambre.

C’est encore cette capote noire aussi rassurante que la cape de Batman qui, si elle le protège des averses, se remplit inexorablement de toute l’eau des sombres nuages d’orage. Au premier de coup de frein, évidemment cette petite mer Méditerranée se déchaîne et se transforme en tsunami.

La vague connaît bien son travail. Elle rince d’abord le pare-brise, rince le capot, puis balaye le trottoir et éclabousse la foule compacte de la rue du Poulet, lui ouvrant ainsi la voie vers le port.

La Méhari ce sont tous les souvenirs de ces vacances d’adolescent à Saint-Tropez, inoubliables, irremplaçables.

Mais la Méhari, c’est avant tout la voiture de sa grande sœur, c’est la carte grise qui le dit. C’est aussi la seule de toute la famille qui ne possède pas…le permis de conduire.